On trie nos déchets avec soin. On éteint la lumière en sortant. On rince le pot de yaourt avant de le jeter. Et la plupart d'entre nous repartent de ces petits gestes avec le sentiment d'avoir fait leur part pour le climat.
Mais une étude menée par l'Université de Genève, publiée cette année dans « Nature Sustainability* », suggère qu'on devrait se montrer un peu moins sûrs de nous sur ce point.
Des chercheurs ont demandé à près de 3 000 personnes d'évaluer l'efficacité de 34 comportements différents favorables au climat. Le résultat est étonnamment cohérent : nous surestimons l'impact des petits gestes visibles et répétés au quotidien, comme le tri des déchets, l'achat de produits dits responsables ou le fait d'éteindre les appareils électroniques. Pire encore, nous sous-estimons les actions qui ont réellement un effet, comme prendre moins l'avion, moins utiliser la voiture, choisir un véhicule électrique ou manger davantage de repas végétariens.
Les chercheurs avancent deux explications à cet écart. D'abord, nous jugeons une action plus efficace simplement parce qu'elle nous est familière : c'est quelque chose qu'on a appris à l'école ou qu'on voit sans cesse dans les médias. Ensuite, et c'est plus révélateur encore, nous jugeons les actions que nous faisons « déjà » plus efficaces qu'elles ne le sont réellement. C'est une forme discrète d'auto-justification : si le geste d'éteindre la lumière « fonctionne », on n'a pas à se confronter au vol qu'on a réservé le mois dernier.
Fait intéressant, l'étude montre que les personnes les plus engagées pour l'environnement ne sont pas épargnées par ce biais, et y sont parfois même plus sujettes. Celles qui ont des valeurs pro-environnementales fortes ont tendance à se montrer trop optimistes et à surestimer l'impact des actions environnementales en général. À l'inverse, celles qui sont plus à l'aise avec les chiffres ont tendance à fournir des estimations plus justes et à être moins influencées par ces biais.

Ce n'est pas qu'une curiosité psychologique. C'est un schéma que nous reconnaissons dans notre propre secteur. Depuis vingt ans, l'industrie du vêtement outdoor apprend aux clients à repérer de petits signaux de vertu bien visibles : une étiquette « contient des matières recyclées », un badge affichant un engagement pour la durabilité, une borne de collecte près de la caisse. Pendant ce temps, le levier le plus efficace pour réduire l'empreinte d'un vêtement reste largement sous-estimé : le garder en usage plus longtemps. Le calcul est simple. Une veste portée huit ans plutôt que trois ne fait pas que ménager ton budget ; elle divise son empreinte par usage par plus de deux, sans qu'on ait besoin de puiser une seule ressource supplémentaire dans le sol. Aucune part de fibres recyclées ne pèse autant dans cette équation que la durabilité et la réparation. C'est exactement le décalage que décrivent les chercheurs de Genève : l'étiquette « matériau responsable » est facile à retenir et rassurante, alors nous la valorisons, tout comme le marché, et nous nous en contentons – tandis que prolonger la durée de vie d'un produit, levier bien plus efficace, reste comparativement invisible.
Chez Odlo, la durabilité de nos vêtements est une priorité, car nous savons qu'un vêtement qui dure plus longtemps a un impact moindre sur l'environnement. C'est pour cette raison que notre approche met en avant « la durabilité et la performance », plutôt que de simples allégations sur les matériaux :
Réparer plutôt que remplacer. Notre service de réparation est disponible dans tous nos magasins. Une fermeture éclair cassée ou une couture usée ne veut pas dire que ton vêtement est bon à jeter.
Revente. Grâce à notre programme de reprise et de revente, les vêtements qui ne te correspondent plus trouvent une seconde vie au lieu de finir à la décharge.
Des matériaux certifiés, là où ça compte vraiment. Nous détenons le statut Leader de Fair Wear et utilisons des matériaux certifiés bluesign et RWS, non pas comme argument principal, mais comme socle sur lequel tout le reste repose.
Il ne s'agit pas de minimiser les efforts de celles et ceux qui prennent le temps de recycler ou d'éteindre la lumière. Ce sont des gestes qui comptent, et auxquels nous pouvons toutes et tous contribuer. Il s'agit plutôt d'être honnêtes, en tant que marque, industrie et société dans son ensemble, sur l'endroit où se situe le vrai levier d'action. Si nous ne parlons que de la composition des fibres, nous renforçons exactement le biais que cette étude met en lumière : celui qui nous pousse à croire que le travail est fait, alors que le choix le plus impactant (acheter moins, choisir mieux, faire durer) passe à la trappe.
La chose la plus utile qu'une marque de vêtements comme Odlo puisse faire n'est pas forcément d'ajouter une nouvelle certification à la liste. C'est parfois de dire tout haut ce qui est moins confortable à entendre : les petits gestes familiers dont nous sommes fiers ne sont pas ceux qui feront vraiment bouger les lignes. Progresser réellement, c'est reconnaître cet écart en toute honnêteté, et construire des produits et des processus qui rendent ce changement possible.
Sources : M. Herberz et al., Université de Genève, publié dans Nature Sustainability, 2026 ; article de Joachim Laukenmann.
Lien vers l'article sur l'étude : Why We Overestimate the Positive Impact of Our Actions on the Climate - Medias - UNIGE